Plantes et coronavirus

par Laurent Pas

Ces derniers jours j’ai reçu de nombreuses questions sur les plantes et le coronavirus. Beaucoup de questions auxquelles je n’ai moi-même pas de réponses.

D’abord je ne suis pas un expert du coronavirus, soyons clairs. Ensuite, des réponses, nous n’en avons pas beaucoup à l’heure actuelle.

Mais nous avons des données scientifiques. Nous avons la tradition pour certaines plantes. Donc personnellement, cela me permet de prendre position et de proposer un avis. En ces périodes de crises, je crois qu'il est facile de se réfugier derrière la peur et le principe de précaution. Et au final de ne rien faire.

Et ça, c’est quelque chose que je ne veux pas faire. Donc des certitudes, je n’en ai pas. Mais je garde ma capacité à réfléchir et à faire des recherches, et c’est sur cette capacité-là que je vais vous donner un avis.

Comme toujours, la mise en garde, juste pour que les choses soient claires entre vous et moi. Je ne suis ni pas médecin, je ne suis pas pharmacien, ceci ne se substitue pas à un avis médical. Faites preuve de bon sens. Si vous voyez que vous êtes en difficulté, appelez immédiatement votre médecin traitant ou le SAMU bien évidemment.

Utilisation de l'armoise annuelle (Artemisia annua)
Première question l’armoise annuelle (Artemisia annua) est-elle active contre le coronavirus ?

Je vous ai déjà parlé de cette plante ici dans un autre contexte : la malaria et le cancer.

Elle a refait son apparition en cette période de pandémie.

En effet, les praticiens en Chine l’ont récemment administrée à de nombreux malades. Le gouvernement Chinois l’a inclus dans son protocole officiel (1), qui en est à sa 7e version au moment où j'écris cet article, protocole pour lutter contre le covid-19, et qui a été fourni aux hôpitaux en Chine.

Si vous connaissez un peu la médecine chinoise, vous savez qu’une plante est rarement utilisée seule. On utilise des formulations (mélanges complexes).

L’armoise annuelle est donc associée à d’autres plantes comme la scutellaire du Baïkal ou la réglisse, ainsi que d’autres plantes que je ne nommerai pas ici car vous ne les connaissez probablement pas. Ces mélanges contenant l'armoise annuelle sont utilisés pour la phase avec difficultés respiratoires. Donc on a déjà cette utilisation de terrain.

Ensuite, nous avons plusieurs publications scientifiques, dont une très récente de 2020 (2) dans laquelle les chercheurs citent l’armoise annuelle comme plante anti-coronavirus potentielle.

Cette publication fait référence à une autre publication, celle-ci publiée en 2005 (3), qui démontre que l’armoise annuelle a une activité anti-coronavirus in vitro.

Et on parle dans cette étude de la souche SARS-CoV-1, c’est-à-dire celle responsable de l'épidémie de Syndrome Respiratoire Aigu Sévère qui a sévi de 2002 à 2004.

En ce moment, nous faisons face à la souche SARS-CoV-2.

artemisia annua, Bioleven, remieldie, bronchicura

Donc au final pas d’étude considérée comme irréfutable par la communauté scientifique. Mais on voit tout de même apparaître une certaine tendance qui me semble plutôt positive, et plutôt prometteuse.

Du moins elle devrait ouvrir des perspectives et intéresser le monde de la recherche pour qu’on arrive à confirmer l’utilité de cette plante. Mais cette ouverture, est-ce qu’on l’aura un jour ? C’est ça la question. D’ailleurs, la maison de l’artemisia a envoyé une proposition au gouvernement pour tester la plante dans le contexte du coronavirus. L’association a des stocks de plante et elle a même détaillé un protocole d’études. Donc en gros il n’y a plus qu’à s’y mettre si on avait un gouvernement prêt à financer ce genre d’études.

La plante est plutôt difficile à trouver dans le commerce en France ces derniers temps. Il y a quelques années, on avait des herboristeries qui en vendaient. Et puis elles ont arrêté d’en vendre car la plante n’est pas sur les listes officielles des plantes autorisées. Ce qui est vraiment dommage car la plante a une faible toxicité.

Je vais vous dire ce que je vais faire, personnellement, pour le futur. Je vais certainement continuer à en cultiver au jardin. C’est une plante qui pourrait bien faire partie de notre boîte à outils dans le futur.

Pour les dosages à utiliser, la maison de l’artemisia recommande 10g/litre par jour en décoction de 2 min jusqu’à fin des symptômes pulmonaires.

Ma conclusion : personnellement, j’estime que c’est une plante qui a un fort potentiel.

Utilisation de l'écorce de quinquina

Deuxième question : qu’en est-il de l’écorce de quinquina ?

Le quinquina est une plante qu’on a beaucoup utilisée pour traiter le paludisme. C’est de l’écorce de cet arbre qu’on a extrait la quinine. Ce n’est pas un arbre qui pousse chez nous, il pousse en Amérique du Sud, et le commerce de l’écorce de quinquina a démarré dans les années 1600 si ma mémoire est bonne avec les prêtres Jésuites qui font venir l’écorce au Vatican. En effet, à l'époque, l’Europe doit faire face à des épidémies de paludisme.

C’est une plante très amère, donc elle s’est retrouvée en petites quantités dans tout un tas de boissons amères comme le Schweppes.

Pourquoi ai-je reçu cette question ? Car comme vous le savez, on parle beaucoup de chloroquine en ce moment. La chloroquine est le substitut synthétique de la quinine. La chloroquine est utilisée contre le paludisme, mais aussi dans le cadre de certaines maladies autoimmunes – polyarthrite rhumatoïde, lupus, etc. Et on pense qu’elle pourrait bien avoir un effet qui freine la réplication du covid-19.

Il y a toujours polémique à l'heure où j'enregistre cet épisode, ceux qui l'utilisent, ceux qui pensent qu'il n'y a pas assez de données pour conclure. Je ne vais pas rentrer dans cet argument et je vais supposer que ce type de molécule a effectivement un intérêt pour freiner l'infection.

Écorce de quinquina

La molécule a aussi une toxicité, elle peut entraîner des troubles cardiovasculaires graves et même potentiellement mortels. Et il faut savoir que la quinine, extraite de l’écorce de quinquina, a aussi une toxicité qui est bien connue. D’ailleurs, à l’époque où on utilisait encore beaucoup la quinine, on pouvait observer ce qu’on appelait le « quinisme », c’est-à-dire une liste d’effets indésirables comme des acouphènes, vertiges, maux de tête, trouble de la vision, etc.

Si on utilise l’écorce de quinquina, en principe, aux doses traditionnellement utilisées, le risque est relativement faible. Car dans l’écorce, il n’y a pas juste de la quinine, il y a aussi d’autres constituants. Donc on a l’avantage du totum de la plante. Mais tout dépend aussi du contexte dans lequel veut l’employer.

Comme tonique amer et digestif, on en utilise un peu, pas besoin d’en prendre beaucoup. Mais comme anti-infectieux, chez Valnet par exemple, on voit des doses de 1 à 10 g par jour pour le quinquina jaune, donc des plages assez larges. Et en fonction des doses, ce n’est pas une plante anodine. Il y a des mises en garde. Il peut y avoir une baisse du nombre de plaquettes sanguines à partir de certaines doses. Certaines personnes peuvent avoir une hypersensibilité aux alcaloïdes du quinquina et mal réagir.

Elle a probablement du potentiel, il ne faut pas qu’on la mette aux oubliettes. On l’a utilisée dans notre tradition pour différents types d’infections et de fièvres. Mais aux doses efficaces pour une infection très violente comme on est en train de voir en ce moment, il est possible qu’il y ait aussi des risques d’effets indésirables ou de toxicité si on l’utilise mal.

Ma conclusion : personnellement je préfère largement réfléchir à l’utilisation de l’armoise annuelle, vu qu’on peut la cultiver chez nous, contrairement au quinquina, et que sa toxicité est faible.

Utilisation des feuilles de sureau (Sambucus nigra)

Question suivante de Nelly : “C’est quoi cette histoire de feuilles de sureau ?”

Nelly doit je pense s’intéresser aux discussions sur le coronavirus et les plantes qui se déroulent du côté Américain.

Parlons donc du sureau noir (Sambucus nigra). On peut utiliser les baies qui ont des propriétés antivirales et immunostimulantes. En général on les prépare en sirop.

Et je vous ai expliqué que basé sur les textes classiques et les vieux écrits, il est fort possible que la fleur ait les mêmes propriétés. . Tout ça, c’est du classique.

Arrive un monsieur qui s’appelle Stephen Buhner...

coronavirus-feuille-sureau

Si vous ne connaissez pas Buhner, vous croiserez son nom un jour ou l’autre car c’est un auteur qui a fait énormément de recherches sur les plantes antibactériennes et antivirales. On le connaît bien pour son protocole sur la maladie de Lyme. Il a écrit le livre, « Herbal Antivirals », et en ce moment il intervient dans différents groupes de discussions au sujet du coronavirus, pour dire la chose suivante.

Il dit que les fleurs et les fruits de sureau ne sont pas assez puissants, pas assez efficaces, lorsqu’on traverse une infection aussi aiguë que le covid-19. Et qu’il faut utiliser les feuilles ou même l’écorce.

Si vous connaissez un peu la botanique et les plantes médicinales, vous allez me dire attention, les feuilles et l’écorce du sureau noir sont toxiques ! Buhner explique que ceci est grandement exagéré et que ces parties du sureau ne sont pas des poisons comme certains le disent si on les utilise bien. En revanche, elles peuvent devenir émétiques, c’est-à-dire qu’elles font vomir, et c’est probablement le seul risque d’après Buhner.

L’écorce est la partie la plus émétique, ensuite les feuilles, et ensuite les baies chez les personnes sensibles, en particulier les baies fraîches.

Voici l’élément clé : si on fait cuire la plante, les substances problématiques, qui sont des hétérosides cyanogènes, sont détruites en très grande partie. Pour illustrer la destruction de ces hétérosides, Buhner donne l’exemple des feuilles fraîches de manioc. Vous connaissez peut-être la consommation de la racine de manioc en Afrique, mais on consomme aussi parfois les feuilles.

Les feuilles sont très riches en hétérosides cyanogènes, elles contiennent 69 mg d’hétérosides par kilo de feuilles. Si vous les faites bouillir pendant 30 minutes, la quantité sera réduite à 1,2 mg par kg, ce qui les rend tout à fait propres à la consommation. Donc les hétérosides problématiques sont détruits à la chaleur.

Il faut donc faire cuire ces parties du sureau. Et d’après Buhner, les feuilles et l’écorce de sureau noir sont largement plus antiviraux que les baies ou les fleurs. Il conseille donc, pour une infection très sévère comme celle au covid-19, de faire la préparation suivante.

➜ Décoction concentrée de feuilles de sureau noir

  • Placer 120 g de feuilles sèches ou 60 g des feuilles fraîches dans 2 litres d’eau ;
  • Faire réduire le liquide de moitié ;
  • Laisser refroidir ;
  • Filtrer ;
  • Rajouter assez d'alcool pur pour d’obtenir un liquide qui titre à 25°.

Je ne sais pas si vous connaissez cette méthode pour conserver une infusion ou une décoction plus ou moins indéfiniment : vous la stabilisez avec de l’alcool. Donc là, idéalement, il nous faut de l’alcool à 96. Attention alcool de consommation, de l’éthanol pur, pas d’alcool dénaturé ! On utilise ¼ d’alcool pur pour ¾ du liquide obtenu. On pourrait appeler cela une décoction stabilisée à l’alcool. Et vu que le titrage sera autour des 25°, on peut garder la préparation à température ambiante sans problème.

Sinon, si vous n’avez pas d’alcool pur, une fois filtré, on remet le liquide sur le gaz et on réduit encore de moitié. On laisse refroidir et là on rajoute la même quantité de liquide en alcool à 50°, un rhum par exemple. Donc s’il vous reste 100 ml de décoction réduite au final, vous rajoutez 100 ml de rhum à 50°, ce qui vous fait un titrage autour des 25°.

➜ Décoction concentrée de feuilles de sureau noir (si pas d'alcool pur)

  • Placer 120 g de feuilles sèches ou 60 g des feuilles fraîches dans 2 litres d’eau ;
  • Faire réduire le liquide de moitié ;
  • Laisser refroidir ;
  • Filtrer ;
  • Faire réduire ce liquide de moitié ;
  • Rajouter la même quantité de rhum à 50° que de liquide obtenu?

➜ Dosage

Buhner propose de mélanger ce liquide avec d’autres plantes. Je n’ai donc pas pu trouver le dosage individuel juste pour la décoction stabilisée des feuilles. Mais je vais faire une estimation.

Dans le mélange que Buhner recommande, la décoction stabilisée représente 1/9 du mélange. Et il recommande de 1 cuillère à café du mélange 3 fois par jour jusqu’à 1 cuillère à café 6 fois par jour si l’infection est très aiguë.

Donc si je prends 1/9 de cette dose, cela nous fait entre 11 et 13 gouttes de cette préparation de 3 à 6 fois par jour selon l’intensité. Et pour être clair, je n’ai pas encore fait cette préparation et je ne l’ai pas encore testée. Donc je ne peux pas en parler en connaissance de cause. Mais je vais le faire.

Le gros avantage, c’est qu’en nature, on a accès à la feuille largement plus longtemps que la fleur et les fruits. Buhner explique qu’on pourrait aussi utiliser l’écorce que l’on fait bouillir comme les feuilles, mais là il ne nous donne pas la quantité à utiliser pour les préparations. L’avantage avec l’écorce est qu’on aurait accès à cette partie de l’arbre toute l’année.

Donc voilà, pas encore testé tout ça, mais je voulais faire circuler cette information, c’est important, ça fera peut-être un jour partie de notre kit de survie, donc c’est important qu’on rebâtisse ce savoir et qu’on partage toutes les recherches qui sont faites dans différents pays.


Références

(1) http://www.columbia.edu/~jf3118/covid19/assets/files/Diagnosis-andTreatmentProtocolforNovelCoronavirusPneumoniaTrialVersion7.pdf

(2)  Yang Y, Islam MS, Wang J, Li Y, Chen X. Traditional Chinese Medicine in the Treatment of Patients Infected with 2019-New Coronavirus (SARS-CoV-2): A Review and Perspective. Int J Biol Sci 2020; 16(10):1708-1717. doi:10.7150/ijbs.45538.

(3) 1: Li SY, Chen C, Zhang HQ, Guo HY, Wang H, Wang L, Zhang X, Hua SN, Yu J, Xiao PG, Li RS, Tan X. Identification of natural compounds with antiviral activities against SARS-associated coronavirus. Antiviral Res. 2005 Jul;67(1):18-23.

(4) Khaerunnisa, S.; Kurniawan, H.; Awaluddin, R.; Suhartati, S.; Soetjipto, S. Potential Inhibitor of COVID-19 Main Protease (Mpro) From Several Medicinal Plant Compounds by Molecular Docking Study. Preprints 2020, 2020030226 (doi: 10.20944/preprints202003.0226.v1).